Par Pierre-Yves

Comment me suivre

À moins d’une semaine de mon départ voici les manières dont je compte communiquer avec le monde extérieur lors de mon aventure.

Ici même sur 500jours.com, environ une fois par mois (je prévois quatre à six articles décrivant la progression de mon périple).

Sur Instagram, à chaque fois que je serai en ville, je publierai quelques photos.

Sur Twitter, à tous les soirs ou j’aurai du réseau, je compte indiquer ma progression sur le sentier et mes impressions de la journée.

Évidemment je communiquerai également à mes proches par téléphone 😉

Sur l’échec (cette chose dont on ne parle pas)

La traversée complète de l’appalachian trail en une anné a un taux de réussite entre 25% et 35%. Lorsque l’on annonce nos intentions de parcourir le sentier, un échec qui est statistiquement très probable, est souvent « l’éléphant dans le coin de la pièce » que l’on n’ose pointer du doigt. Explorons les principales causes qui pourraient faire dérailler mes plans.

Les blessures

Présentement je me remet d’un mal de dos, je fais mes exercices, je consulte ma chiro et je respecte mes limites. En même temps rien de tout ça ne me prépare réellement à randonner jour après jour avec ma vie sur mon dos. C’est à ce jour ma plus grande crainte, celle qui pourrait causer un abandon hâtif – espérons que tout se passe pour le mieux pour moi.

Ensuite, après quelques semaines de marche, le spectre des tendinites et autres blessures d’usure peut entrer en jeu, il est impératif d’écouter son corps, de ralentir au besoin et de ne pas oublier de se reposer. Ça devient alors un jeu d’équilibre entre enchaîner plus de kilomètres et se donner le temps pour récupérer. Je compte bien être vigilant sur ce point.

Les maladies

Gastro explosive, maladie de lyme, giarda – trois choses que tout randonneur redoute lors d’une expédition. L’arme principale pour les combatre est la prévention (se laver les mains, traiter son eau, surveiller les tiques). Parfois guérir ne prend que quelques jours et ne fait que retarder la randonnée mais les symptômes s’ils sont plus graves peuvent obliger un abandon.

L’argent

Le manque d’argent est souvent une cause d’abandon lorsque tout le reste va bien, cela en fait la raison la plus crève-coeur pour quitter le sentier selon moi. Disons tout simplement que j’ai fait mes devoirs de ce côté et que ce ne sera pas mon épreuve pour ce périple.

Le « mental »

Après quatre jours sous la pluie, des ampoules douloureuses aux pieds, des sommets sans vues suite à des montées impitoyables, de la nouriture en quantité inssufisante et une invasion de moustique il est à parier que le goût de retourner à la civilisation se fera sentir. Bref, c’est le kilomètre 35 d’un marathon, le « mur ». Pourtant si l’on continue d’avancer le bonheur de franchir la ligne d’arrivée dépasse largement l’inconfort du moment. Il ne faut jamais oublier qu’après la pluie, vient le beau temps.

La course a été pour moi mon entraînement à la persévérance, grâce à mon expérience j’ai un point de référence pour relativiser les difficultés du moment dans l’ensemble du défi. Je crois qu’elle me donnera les outils nécessaires pour atteindre le mont Katahdin et j’ai l’audace de croire que je le ferai avec le sourire! Je me sens prêt à affronter ce qui deviendra mes épreuves et en cas de doute je peux toujours faire référence à mes listes pour me donner du courage.

 

J’aimerais conclure en disant qu’oser affronter ses plus grands défis comporte toujours une part d’incertitude et la possibilité de se « casser la gueule », mais l’alternative de ne rien faire n’amène que des regrets.  Au final le plus grand échec n’est pas d’abandonner avant la ligne d’arrivée mais bien de n’avoir jamais mis les pieds sur la ligne de départ. Et ça je compte bien le faire mardi prochain!

Mon matériel de départ

Puisque j’en ai beaucoup trop vu, les listes de matériel m’intéressent un peu moins ces jours ci mais je sais qu’elles suscittent souvent la curiosité alors voici la mienne.

Transport

Sac à dos Exos58L d’Osprey, deux sac de poubelle de contracteur (pour garder le contenu de mon sac au sec), bâtons de marche Leki en aluminium, soulier Altra Lone Peak (je suis en amour avec ceux-ci), sandales « flip-flop » pour le camp

Dodo

Tente Tarpent Protrail, 8 piquets de tente (deux modèles différents), footprint maison en Tyvek, matelas Therm-a-Rest Neoair Xtherm, matelas 1/8″ de mousse jaune (évite que mon matelas gonflable se déplace sur le plancher de la tente), sac de couchage de type « Quilt » Revelation 0°F de Enlighted Equipment, sac de compression, vêtements de camp (sous vêtement synthétique long haut et bas, bas de mérino, paire de boxer)

Cuisine

Réchaud MSR MicroRocket, gamelle MSR Titan Kettle 850ml, cosy maison en Reflectiv, briquet, cartouche d’isobutane, spork Humangear Gobytes Uno, linge et éponge, petit contenant de Campsoap

Eau

2 bouteilles de Gatorade pour l’eau filtrée, filtre Sawyer Squeeze et seringue de backflush, deux sacs 2L Evernew pour l’eau non-filtré, demi sac sawyer pour « scooper » de l’eau, comprimés Aquatabs en backup

Vêtements

Pantalons Brion Prana, ceinture, boxers synthétiques, t-shirt synthétique, 2 paires de bas en laine de mérino (darn tough et wigwam), lunettes, polar Chlorophylle, manteau avec capuche synthétique Chlorophylle, imperméable Mountain Hardwear, pantalons de pluie, tuque en polar, cagoule, buff, casquette Outdoor Research, gants magiques, mitaines polar

Électronique

iPhone 5s sur le réseau Verizon, lampe frontale Black Diamond, montre Casio PRG-270, appareil photo Lumix LX100, chargeur, cartes mémoire extra, mini trépied Joby micro hybrid, linge microfibre, clip Peakdesign (pour accrocher l’appareil photo en avant du sac), powerbank usb Anker Astro2 10000mAh, chargeur mural usb double, fils usb, écouteurs, moumoutte anti-vent (pour enregistrer audio sur le iPhone)

Divers

Trois dry-sack de grandeur variés (un pour la bouffe, un pour les vêtements, un pour le varia), corde mousqueton et sac-de-roche pour acrocher ma bouffe dans les arbres, kit de premier soin et de réparations, canif, coupe-ongle, crème solaire, brosse à dents, pâte à dents, petite pack-towel, purell, PQ, truelle en plastique, guide AWOL (seulement la première moitié), passeport, cartes débit/crédit/ID, journal et crayon

Voilà, le tout est sujet à des changements mineurs d’ici à ce que je parte! Le poids de mon sac est d’environ 20lbs en excluant ce que je porte et en excluant l’eau et la nourriture (donc un maximum espéré de 30-35lbs).

La chienne au ventre

Un mois, un saut de puce dans l’espace temporel, dans un mois ma vie changera complètement et je devrai me bâtir de nouveaux repères. J’ai la tête qui tourne juste d’y penser, hier seulement j’étais là à rêver de ces possibles et demain je devrai les vivre.

Je suis emplit de toutes sortes d’émotions qui entrent en collision les unes avec les autres – je suis excité par mon projet mais maintenant que mon départ est si près j’ai également la chienne. Le présent, le passé, le futur semble être pris dans une gigantesque balle d’élastiques entremêlés – j’ai l’impression d’avoir déjà vécu le sentier et en même temps d’y rêver comme un certain jour d’octobre 2015. Je veux déjà y être mais en même temps je ne voudrais jamais quitter le confort de mon quotidien actuel…

Respirer, respirer, respirer (et recommencer). Je dois maintenant tout simplement accepter de vivre le chemin que j’ai tracé et de me rendre à mon point de départ sur le mont Springer en mars.

Un pas à la fois… une émotion à la fois.

Le goût du voyage, de l’aventure

Durant mon enfance, les voyages de camping en famille ont fait partie de mes étés. Nous avons parcouru le Canada des maritimes à la Colombie-Britanique. Je suis maintenant reconnaissant que mes parents nous ont toujours inclut, ma soeur et moi, dans leurs plans de voyages : c’est un bel héritage.

Pourtant rendu à l’âge adulte l’envie de sortir de mon quotidien n’a pas toujours été présente. Durant les premières années de ma carrière, je me suis énormément concentré sur le travail pour en oublier un peu les autres facettes de ma vie. Un jour j’ai rencontré une fille qui revenait d’un été passé à travailler en Alberta et même si notre relation fut mouvementée et très courte, de notre rencontre est resté l’idée de voyager à nouveau.

C’est cet été là que je suis partit avec mon père pour un mois de roadtrip dans l’ouest canadien et américain. J’ai redécouvert le camping et repris goût à la randonnée. Suite à ce voyage, je suis allé à de multiples reprises en Gaspésie et je suis enfin allé voir le boût du monde à Terre-Neuve.

En parallèle, grâce à une amie du travail, j’ai découvert le sport de la course à pied. D’un départ modeste, j’ai progressé petit à petit vers de nouveaux défis, course de 10km, demi-marathon, course en sentier pour finalement culminer à mon marathon de l’été dernier. À travers ce sport j’ai découvert un goût du dépassement, de toujours accomplir de plus grand défis.

C’est à un souper d’amis que l’idée de faire la Traversée de Charlevoix à émergée, une amie a annoncée son intention de faire cette randonnée mais qu’elle se cherchait quelqu’un pour le faire avec elle. Surprit qu’elle veuille faire ce genre de projet, j’ai embarqué dans l’idée et je me suis mis à me renseigner sur la randonnée longue distance (ni connaissant presque rien car ce genre de périple n’est pas la « tasse de thé » de mes parents). Ironiquement je suis partit seul car elle à eu un empêchement peu avant notre départ et c’est ainsi que j’ai découvert cette nouvelle facette du plein-air.

Ensuite il y a eu le projet de marcher l’appalachian trail et ma randonnée préparatoire de deux semaines en Gaspésie que j’ai fait l’été dernier. C’est fou ce que l’influence de quelques personnes peuvent avoir sur le cour d’une existence, sur la découverte de nouvelles passions, sur l’accomplissement de nouveaux défis. Merci mille fois d’avoir croisé mon chemin!

100 jours

J’ai acheté mon billet d’avion, j’ai maintenant une date de départ officielle soit le 6 mars. Dès le lendemain, je serai au kilomètre zéro de l’appalachian trail au sommet du mont Springer avec mes espoirs de me rendre au Maine et toute ma bonne volonté pour l’accomplir. Ce rêve est sur le point de devenir réel après l’avoir couvé si longtemps.

J’ai présentement une boule d’émotions dans mon estomac. Je me sens prêt et en même temps je ne me sens pas du tout prêt. J’ai l’impression que j’ai tant à faire tout en ayant l’impression que tout ce qui me reste à faire est d’attendre. Je n’ai pas encore commencé mon aventure mais j’ai l’impression d’avoir fait déjà tant de chemin pour m’y rendre!

Me reste à aprécier le temps qui me reste avant mon départ et demain sera fait de sentiers, de roches, de froid, de chaleur, d’accomplissements, de paysages grandioses, de rencontres inoubliables et encore plus.

Pourquoi je marche le sentier des appalaches

Inspiré de la méthode de Zack Davis, qui à écrit l’excellent livre Appalachian Trials, voici mes listes du pourquoi de mon aventure!

Pourquoi je marche le sentier des appalaches?

  1. Parce que j’en ai ressentit l’appel et que je me dois d’écouter ce que l’univers me sussure à l’oreille
  2. Parce que je veux accomplir ma légende personnelle, le plus grand défi que je me suis lancé dans la vie, mon « Mont Everest » à moi
  3. Parce que je veux visiter les montagnes légendaire du nord-est (Lafayette-Washington-Katahdin) en arrivant à pied de l’état de la Georgie (partir en avion, revenir à pied)
  4. Parce que les montagnes sont l’endroit où est mon coeur et que c’est un devoir de nourrir son âme
  5. Parce que ce sera un grand pélerinage pour célébrer que je vis maintenant à ma manière, ce sera mon rite de passage pour solidifier cette nouvelle manière de vivre
  6. Parce que je vivrai de la façon la plus minimaliste qui soit et que j’ai le désir de transposer cet état d’esprit dans ma vie à mon retour
  7. Parce que je veux accomplir un grand projet photo qui documente la vie et les gens sur le sentier
  8. Parce que je veux emplir un réservoir de souvenirs, d’acomplissements et de bonheur dans lequel je pourrai puiser pour le reste de mes jours
  9. Parce que je ne veux pas passer le reste de mes jours à me demander si j’étais capable de marcher 3500km alors que j’avais la santé, les finances et l’espace temps pour le faire

Quand j’aurai complété le sentier des appalaches je vais…

  1. Avoir un millier d’idées de nouveaux grands projets
  2. Me sentir fort, indestructible, je serai prêt pour tout les défis
  3. Parler l’anglais de manière fluide
  4. Être prêt pour avoir ma famille, devenir propriétaire à ma manière, publier un livre photo… ou n’importe quel autre projet dont j’aurai le goût d’accomplir
  5. Avoir appris à vivre dans le moment présent, de sourire devant les obstacles et de ne pas faire d’anxiété par rapport au futur
  6. Être « ce gars là », celui qui à fait l’AT, celui qui vit ses rêves

Si j’abandonne le sentier…

  1. Je devrai vivre avec le fait que je n’aurai pas accomplit le plus grand rêve que je ne me soit jamais souhaité
  2. Je serai débobinné sur un temps rare, a.k.a. ça va me coûter cher chez le psychologue
  3. Je serai incertain sur ma capacité à accomplir ce que je veux réellement dans la vie
  4. Je devrai retourner finir le sentier dans des circonstances moins favorables que maintenant

Note par rapport à l’abandon : je n’ai aucun droit d’abandonner avant Harpers Ferry si je déteste l’expérience ou si je suis trop lent, les blessures majeures ou maladies (qui demandent plus de 2 mois de repos) ne comptent pas, l’argent ne sera pas une cause d’abandon.

 

C’est assez personnel comme listes, mais tellement important à préparer. J’ai pratiquement fait un billet sur mon matériel mais j’ai décidé que d’explorer ma psyché était au bout du compte pas mal plus intéressant (ça viendra pour la liste de matériel).

Sur l’aventure

L’aventure part d’une idée, quelque chose d’un peu trop grand pour nos capacités actuelles mais que l’on sent possible. Pour ma traversée du parc de la Gaspésie ça commencé lorsque j’ai acheté ma carte en 2013 et pour mon marathon quand je me suis dit que je voulais relever ce défi avant mon voyage sur l’appalachian trail.

L’idée devient réelle lorsque l’on se fait un plan, l’automne passé j’ai griffonné les étapes de ma randonnée Gaspésienne sur un bout de papier, cet hiver je me suis fait un plan d’entraînement pour mon marathon. Dans les deux cas je ne savais pas si ce que je planifiais était réalisable, mais j’avais un chemin à suivre. Mon plan d’entraînement je l’ai fait selon ce que j’ai lu sur internet et une bonne dose d’intuition, car personne ne parle de comment placer une rando de deux semaines au milieu de son programme…

L’aventure c’est aller vers l’inconnu, vivre un pas en dehors de sa zone de confort, ça change selon ses capacités, ce qui en est une pour moi ne l’est pas nécessairement pour un autre, ce qui en est une aujourd’hui ne l’est pas nécessairement pour le futur et vice-versa.

La prochaine étape est de s’engager à rendre la chose réelle, faire ses réservations, s’inscrire pour sa course, demander sa sabbatique. Ensuite l’on se prépare, petit à petit en sachant fort bien que lorsque le moment sera venu il y aura quand même une part d’improvisation, une part d’inconnu. Et puis on la vit, l’on surmonte les obstacles, l’on se rend au bout de son projet et l’on en tire ses propres conclusions.

Après avoir vécu l’aventure, l’on peut propulser de nouveaux rêves avec l’expérience acquise. Après l’aventure, l’on sait que l’on peut accomplir tout ce que l’on imagine et c’est de cette manière que l’on trace son chemin dans la vie!

180 jours avant le départ

Je suis à moins de six mois de mon départ vers l’appalachian trail, cela fait pratiquement un an que je vis avec cette ambition de compléter cette aventure, où j’en suis dans ma préparation?

Financièrement j’ai atteint mon objectif, j’ai économisé le montant que je m’était fixé pour le départ – les mois à venir serviront à me faire un coussin pour le retour et les projets futurs. Côté matériel je suis à l’aise avec mes choix, j’ai amélioré quelques petites choses (filtre Sawyer squeeze vs Sawyer mini, poches à eau Evernew) et je dois en acheter d’autres (mes pantalons de pluie ont lachés par exemple) – je devrais publier une liste de matériel avec le pourquoi de mes choix sous peu. Seul bémol au tableau ma tente, elle est efficace (testée en Gaspésie) mais son design « single-wall » amène de la condensation et j’ai peur de mouiller mon sac de couchage… j’ai quand même décidé de partir avec et si cela ne fait pas je n’aurai qu’a m’acheter un modèle « double-wall » en chemin. Logisitiquement je me sens prêt à affronter les défis de la vie en backpacking, mes randonnées de pratique m’ont mises en confiance de ce côté. Mentalement je me sens prêt, je sais que cela ne sera pas toujours facile, qu’il y aura des moments de doute, que je voudrai probablement abandonner quelques fois mais je sais que je suis capable de surmonter les épreuves, qu’il faut accepter que parfois l’on avance moins vite que prévu et je comprend maintenant l’ampleur d’un objectif à long terme (merci entraînement pour le marathon)!

Bref je me sens confiant, maintenant reste à apprécier mon confort actuel avant que l’aventure ne commence!