Par Pierre-Yves

Comment l’Appalachian Trail à changé ma vie

À mon retour de l’Appalachian trail j’avais l’impression d’être revenu en étant « normal ». J’étais bien content de retrouver les conforts de la vie moderne, à commencer par une invention extraordinaire appelée l’intérieur. Le retour au travail fut plus pénible mais je me suis réadapté peu à peu à cette routine et il faut bien se le dire l’on à tous besoin de gagner sa vie.

Mes projets de l’été dernier avec ma quête des sommets de 4000′ du New Hampshire à comblé ma soif de plein-air. Ma soif de liberté, un peu moins, avec toute l’organisation pour squeezer le plus de randonnées entre deux semaines de travail… réservations, route, douanes, réorganisation constante du stock de camping et du sac à dos. Ça fait beaucoup d’énergie de dépensée pour aller se reconnecter avec la nature.

Il est là le grand changement, j’ai perdu la capacité de me contenter de deux semaines de vacances qu’il faut structurer au maximum avant de retourner travailler au plus vite et recommencer. Je veux plus d’espace, moins de structure et prendre un réel temps d’arrêt dans mon année. Je me demande si je ne m’ennuie pas des vacances estivales qu’offrait l’année scolaire… Bref, je veux plus de temps « non-productif » dans mon année pour accomplir mes envies de dépassement et de montagne.

Quand j’affirme que l’Appalachian trail a scrappé ma vie c’est de ça que je parle.

C’est pour ça que l’été prochain je le prendrai « off » principalement en prenant du temps « sur mon bras ». J’ai le goût de liberté mais je n’ai pas un autre périple de six mois qui sommeille en moi, alors c’est ce qui je crois répondra à mes besoins. J’ai comme plan d’aller marcher la Long Trail au Vermont et de retourner faire le SIA en Gaspésie mais d’une toute autre manière cette fois. Entre les deux? L’on verra, mais c’est sur qu’il y aura de la randonnée car je compte bien aller me chercher quelques badges du Défi des milles mètres.

C’est je crois un beau « mix » entre avoir des objectifs précis et de se laisser du « lousse » pour improviser selon mes envies. Je respire mieux juste à y penser. D’ici là je vais travailler fort car j’ai la chance d’avoir un emploi qui me laisse cette liberté, merci boss!

PS. Les plans de rouler en vélo sur le Great Divide se sont dissipés après notre voyage de vélo à moi et ma blonde. Ce fut un beau voyage qui s’est bien passé, mais le Divide ne nous appelle plus autant, ce serait une répétion de ce que l’on a déjà vécu. D’ailleurs il faudrait bien que j’écrive un peu sur ce voyage 😉

Où j’en suis avec ma pause hivernale

Ce que je fait présentement
Je monte présentement mes vidéos que j’ai tourné sur le SIA en Gaspésie et franchement je suis pas mal fier du résultat. J’aurais préféré avoir une production plus léchée mais ils ont le mérite de présenter efficacement le sentier dans son ensemble, de faire vivre ce qu’est le sentier :




Ce qui est prévu pour cet été
Suite au constat que j’aime bien construire ce genre de vidéo, j’en ferai beaucoup plus cet été. J’ai l’intention de monter les 48 sommets de plus de 4000 pieds au New Hampshire et d’en faire une série de vidéos. Le défi, aussi nommé NH48, est populaire parmi les randonneurs à la journée mais je ne crois pas que quelqu’un ait documenté en vidéo (en français) l’ensemble des sommets, alors j’ai décidé de m’attaquer au projet.

J’ai également un voyage de prévu en Virginie et Virginie de l’Ouest en avril pour faire quelques boucles de bacpacking (dont une sur l’Appalachian Trail) alors j’aurai d’autre contenu vidéo à vous présenter dans les mois à venir!

Je crois que règle générale je suis sortit de ma torpeur saisonnière et que le goût de retourner dans la forêt se fait ressentir peu à peu.

Les 500 prochains jours
J’ai gardé l’idée la plus grandiose pour la toute fin… en regardant les options de randonnée pour mon voyage en avril je suis tombé sur la carte des circuits de cyclismes de tous les États-Unis. Je l’ai envoyé envoyé à ma blonde un peu à la légère pour lui donner des idées (elle a commencé le vélotourisme l’an dernier en faisant le tour de la Gaspsie) mais j’avais repéré une route qui tout en semblant intéressante me semblait hors de mon potentiel car elle en est une de vélo de montagne. Qu’importe ma blonde m’est revenue en me disant que la route l’intéressant était la même, soit le Great Divide Mountain Bike Route.

Me renseignant d’avantage j’apprend que la route est principalement composée de chemin de gravier et que des compétences avancées en vélo de montagne ne sont pas nécessaires (parfait puisque j’en ai aucune). Le tracé suit grossièrement la ligne de division des eaux entre l’Atlantique et le Pacifique, soit les Rocheuses, de Banff en Alberta jusqu’à Antelope Wells au Nouveau-Mexique. Le voyage allierais notre goût des montagnes avec un déplacement par la force humaine. L’on explorerait un nouveau mode de voyage (un peu moins pour ma blonde habituée au vélotourisme sur route) qui tout en étant semblable au backpacking serait tout à fait différent.

C’est notre premier grand projet de voyage nous enthousiasmant tout les deux alors l’on peut se dire aux 500 prochains jours pour accomplir ce nouveau rêve!

100 jours après Katahdin

Si cela à prit environ un mois à mes pieds et mon corps de se remettre de ma grande randonnée j’ai l’impression que ça prendra beaucoup plus longtemps à mon âme. Ma grande année est maintenant derrière moi et même si quelques projets mijotent tranquillement, rien n’est aussi grandiose, aussi concret que ce que je viens vivre. L’année dernière à été sans précédent et de regarder mon futur qui a présentement des contours flous me donne le goût d’y rester.

Je continue d’écrire mes mémoires sur ma traversée des Appalaches et je monte présentement mes vidéos sur le SIA (j’y prend plus de plaisir que prévu!). Ça peux sembler paradoxal, mais en faisant ceci, je n’ai pas l’impression de m’accrocher dans le mode nostalgie, j’ai plus l’impression que c’est la continuité de ce que j’avais commencé. Mes vidéos sont pour moi important, je les considère comme ma contribution à ce que le SIA rayonne davantage et je les fait car j’ai ce sentier dans le coeur.

J’ai l’impression d’être dans une marge entre deux choses, la fin d’un grand projet et l’émergence de plusieurs nouvelles choses sans savoir ce qui polarisera totalement mon attention. Je suis en dormance, en plein milieu de mon hiver, je me questionne sur mon avenir, j’ai besoin de temps et d’espace avant de revenir avec de nouveaux projets. Je vous dit donc à plus tard!

Note : Si le retour à la civilisation s’est bien passé le retour au travail fut mon véritable choc culturel. Mes deux premiers mois ont étés difficiles – avoir un horaire et des objectifs que tu ne contrôle pas fut un changement radical versus ma liberté précédente. Disons que le congé des fêtes a été plus que le bienvenu pour me ressourcer. J’ai maintenant le goût d’y retourner et j’y vois maintenant plein de possibilités d’accomplir de nouvelles choses, donc c’est bon signe!

Retour sur l’échec

J’ai passé à deux doigts de faire partie des 75% des gens qui ne marchent pas l’Appalachian trail dans son ensemble après en avoir fait leur objectif. L’histoire se déroule en juillet, je suis dans ma pause de l’Appalachian trail et je parcourt le SIA en Gaspésie, je suis au sommet du mont Blanc, je planifie dormir au refuge perché au sommet, le coucher de soleil sur les montagnes et le fleuve est probablement le plus beau que je n’ai jamais vu de toute ma vie et une idée germe dans ma tête…

Je suis partit sur les sentiers pour vivre des moments comme celui-ci et celui-ci, maintenant, est complètement sublime. Je ne ressens plus le besoin de retourner sur l’Appalachian trail et de marcher tous les miles jusqu’au mont Katahdin. Je décide même que je pourrais terminer mon parcourt au sommet du mont Washington pour ensuite retourner à la maison. C’est contre courant comme manière de penser (puisque je suis si prêt de mon objectif), mais un de mes objectifs de ce voyage était justement de vivre ma vie selon mes propres termes.

Je laisse vivre l’idée en moi, je suis en paix avec ma décision. Une journée, deux journées, trois journées passent, puis après cinq jours, j’ai un rêve. Je suis sur l’Appalachian trail, je ressent la camaraderie particulière à ce sentier et je sais au plus profond de moi que je devrai retourner le compléter en entier. Il faut croire que même si j’en avais fini avec le sentier, celui-ci n’en avait pas fini avec moi!

Avery Peak

Quand je suis retourné au New Hampshire ce fut difficile : j’avais perdu mes repères, je ne reconnaissait plus personne, le sentier ne me donnais aucun repos et j’étais sincèrement fatigué d’avoir marché pendant les cinq derniers mois et demi. Bref, j’étais plus que prêt à retourner à la maison. J’ai « pioché » jusque dans la dernière semaine où, malgré une météo exceptionnelle, mon coeur et mon énergie ni était plus. Pourtant je me suis accroché, je me suis rendu jusqu’au bout et le Maine restera à jamais mon état favori.

Ce qui me laisse croire que les statistiques d’un taux d’échec de 75% sont trompeuses. Pour une personne qui sent l’appel de ce genre de voyage (et qui s’est préparé), je placerais même le taux de réussite à un minimum de un sur deux.

Je pourrais mentionner le gars que j’ai vu retourner à la maison à cause de périostites en Pensylvanie (alors que j’affrontais ce même genre de douleurs) et que j’ai recroisé beaucoup plus tard au New Hampshire. Il avait pris un repos de dix semaines et il complétait son parcourt en sens inverse, question d’éviter la saison froide au nord. J’ai entendu les histoires de gens qui avait attrapés la maladie de Lyme où la Giardia et qui après quelques jours de repos (+ une dose massive d’antibiotiques), continuaient de progresser sur le sentier. J’ai vu des gens qui, visiblement arrivait au bout de leur économies et qui se débrouillaient pour passer moins de temps en ville pour étirer leurs derniers dollars jusqu’au mont Katahdin.

Tous ces gens avaient de bonnes raisons d’abandonner mais ils étaient motivés par une volonté de finir et malgré les embuches, ils trouvaient des solutions et étaient toujours en marche. Comme ils disent en anglais : “When there is a will, there is a way”.

Survol de mon périple en 10 catégories

Les nombres
– 155 jours sur l’AT, 28 jours sur le SIA
– 2600miles (près de 4200km)
– 22,85km par jour en moyenne
– 10 jours de repos (zero days)
– 6 paires de souliers
– 14 états, 1 province, 2 pays

États favoris
Le Maine qui est le cumulatif de toutes les difficultés du sentier avec un petit côté sauvage et reculé qui lui est propre. En seconde position le Connecticut qui est le premier état ou je me sentait comme à la maison. Finalement, une mention spéciale à la Virginie où je me suis tellement accomplit, où je suis devenu un randonneur fort et indépendant.

Bigelows, Maine

État le moins aimé
New York, pour un cumul de facteurs : une météo chaude et humide, des sources d’eau douteuses, les moustiques, des montées-descentes inutiles dans des tas de roches, les moustiques, l’impossibilité d’avoir une chambre et un ravitaillement abordable, le fait que je me suis égaré quelques fois, manquer marcher sur un serpent à sonnette, avoir tombé et cassé mes bâtons de marche mais surtout parce que j’étais à bout des états sans réelles montagnes et vues spectaculaires.

Meilleures journées
Sur le sentier, jour 70 : ma première (et seule) journée marathon (+de 42km), franchir le cap mythique des 1000 miles et traverser en entier la section du “roller-coaster” – un triple accomplissement, la journée où je me suis sentit le plus fort.
En ville, jour 111 : être invité au chalet familial des ses amis randonneurs, passer du temps au lac, jouer à des jeux de société, manger autour d’une table des mets végétariens maison, écouter le son de la guitare – d’une chanson improvisée, rire et prendre du temps entre amis.

Pire journée
Jour 59 : nuit sous une pluie torrentielle, grosse montée en début de journée et l’inondation recommence subitement, j’ai des flashs de la maison comme dans un rêve éveillé, je tourne ma tête au ciel et crie à la nature “C’est tout ce que tu as?!?”, la pluie cesse et le ciel se dégage au final mais mon humeur reste sombre pour le reste de la journée, je traîne des pieds et tout semble souffrance, j’ouvre le “message d’urgence” qu’une de mes amies m’a laissée au départ, ce fut la première fois que j’ai pensé à quitter si mon humeur resterait pareille pour les prochains jours…

Moment phare
Jour 93, Descente à Delaware Water Gap : la Pensylvanie fut pour moi une bataille pour surmonter mes périostites et durant les derniers jours je fut finalement libéré de mes douleurs. En descendant dans cette dernière ville de l’état, j’ai su pour la première fois que j’avais tout pour réussir mon périple, sans savoir si j’y arriverai!

Refuge favori
Refuge du Mont Blanc sur le SIA, j’ai put observer, seul au monde, un époustouflant coucher de soleil sur les montagnes et en même temps admirer au loin les paquebots se promenant sur le fleuve.

Coucher de soleil au Mont Blanc

Plus grande difficulté
Vivre un style de vie “sans confort” pour une période de temps si longue.

Ce que j’ai appris
Je “digère” encore les leçons du sentier, mais je sais que j’ai perdu des peurs, j’ai appris la valeur de la persévérance et de la ténacité, j’ai appris à sourire sous la pluie, j’ai appris à faire confiance aux évènements et à vivre loin des distractions de l’internet!

Suite des choses
Retour au travail, promotion de la longue randonnée au Québec (sur mon blog et en vidéos), emménagement avec ma blonde et exploration de nouveaux loisirs.

Mon matériel au retour du sentier

Après six mois de randonnée, j’ai procédé à quelques modifications sur le matériel que j’ai apporté en mars. L’on peut penser à mon changement de matelas de sol, mon réchaud dont je me suis séparé pour simplement réhydrater ma nourriture et les pantalons longs qui sont devenus des shorts. Pourtant la plupart des choses que j’ai sélectionnés au départ se sont rendues jusqu’à la toute fin. Pour plus de détails sur tout ce que j’ai amené, utilisé et le pourquoi de mes choix visionnez ce vidéo que j’ai produit :

Vous pouvez également consulter ma liste de matériel en format PDF ou en format Numbers (logiciel Mac).

Katahdin

Ça y est, j’ai terminé mon année de randonnée, les kilomètres du SIA additionnés à l’Appalachian trail donnent 2600 miles au compteur (soit 99 marathons). Du 7 mars au 18 septembre j’aurai vécu plus de six mois sur les sentiers en pleine nature. Merci à tous ceux qui ont permis cette aventure, je n’ai que des bons souvenirs de mon périple. Parlant de souvenirs, je compte bien vous en raconter quelques uns ici même, mais avant je profite d’un repos bien mérité.

Au sommet le 18 septembre 2017!

Détour (bien prévu)

Je suis présentement à Trois-Rivières où j’ai pris quelques jours de repos suite à mon entrée au New-Hampshire. Pour le moment tout vas bien, de ma progression sur le sentier en passant par mon moral et ma forme physique, mais je ne compte pas retourner aux États-Unis car j’ai des visées sur un autre parcourt… le SIA en Gaspésie! Pourquoi? Parceque j’ai le temps de le faire cette année, parcequ’il faut le faire avant le début de la saison de la chasse en septembre et parceque le reste de l’Appalachian Trail sera toujours là dans quarante jours.

Je traverserai donc le territoire Gaspésien en partant de la Vallée de la Matapédia jusqu’à la pointe de Forillon dans les prochaines semaines. 650 kilomètres de plus à mon agenda cette année, 650 kilomètres à parcourir cette Gaspésie que j’ai dans le coeur 😉 et ensuite je retourne à l’Appalachian trail pour parcourir ses plus beaux miles dans les Whites et le Maine, promis!

Hey, je suis toujours en vie!

Je suis présentement à Duncannon en Pensylvanie et j’ai officiellement complété la moitié du sentier. Hier mes amis que je n’avait pas vu depuis des centaines de miles m’ont rejoint et aujourd’hui ils sont repartit marcher tandis que j’attend la réouverture du bureau de poste, Memorial day oblige. Je souffre depuis ma traversée au Maryland de périostites (je crois), mais mon cas s’améliore peu à peu. Jamais je n’aurais cru avoir aussi mal au devant des tibias. J’ai eu des jours sombres, un paquet de défis et de surprises mais la bonne nouvelle est que je suis toujours en amour avec le sentier et que j’ai le goût de le compléter (même si souvent je m’ennui du confort et des gens à la maison). Pour l’instant pas de grande révélations philosophiques mais j’ai l’impression de m’accomplir et d’être le meilleur de moi même jour après jour! Bon c’est assez pour le moment, si vous êtes chanceux vous aurez quelques mises à jour avant que je monte Katahdin 😉