Retour sur l’échec

J’ai passé à deux doigts de faire partie des 75% des gens qui ne marchent pas l’Appalachian trail dans son ensemble après en avoir fait leur objectif. L’histoire se déroule en juillet, je suis dans ma pause de l’Appalachian trail et je parcourt le SIA en Gaspésie, je suis au sommet du mont Blanc, je planifie dormir au refuge perché au sommet, le coucher de soleil sur les montagnes et le fleuve est probablement le plus beau que je n’ai jamais vu de toute ma vie et une idée germe dans ma tête…

Je suis partit sur les sentiers pour vivre des moments comme celui-ci et celui-ci, maintenant, est complètement sublime. Je ne ressens plus le besoin de retourner sur l’Appalachian trail et de marcher tous les miles jusqu’au mont Katahdin. Je décide même que je pourrais terminer mon parcourt au sommet du mont Washington pour ensuite retourner à la maison. C’est contre courant comme manière de penser (puisque je suis si prêt de mon objectif), mais un de mes objectifs de ce voyage était justement de vivre ma vie selon mes propres termes.

Je laisse vivre l’idée en moi, je suis en paix avec ma décision. Une journée, deux journées, trois journées passent, puis après cinq jours, j’ai un rêve. Je suis sur l’Appalachian trail, je ressent la camaraderie particulière à ce sentier et je sais au plus profond de moi que je devrai retourner le compléter en entier. Il faut croire que même si j’en avais fini avec le sentier, celui-ci n’en avait pas fini avec moi!

Avery Peak

Quand je suis retourné au New Hampshire ce fut difficile : j’avais perdu mes repères, je ne reconnaissait plus personne, le sentier ne me donnais aucun repos et j’étais sincèrement fatigué d’avoir marché pendant les cinq derniers mois et demi. Bref, j’étais plus que prêt à retourner à la maison. J’ai « pioché » jusque dans la dernière semaine où, malgré une météo exceptionnelle, mon coeur et mon énergie ni était plus. Pourtant je me suis accroché, je me suis rendu jusqu’au bout et le Maine restera à jamais mon état favori.

Ce qui me laisse croire que les statistiques d’un taux d’échec de 75% sont trompeuses. Pour une personne qui sent l’appel de ce genre de voyage (et qui s’est préparé), je placerais même le taux de réussite à un minimum de un sur deux.

Je pourrais mentionner le gars que j’ai vu retourner à la maison à cause de périostites en Pensylvanie (alors que j’affrontais ce même genre de douleurs) et que j’ai recroisé beaucoup plus tard au New Hampshire. Il avait pris un repos de dix semaines et il complétait son parcourt en sens inverse, question d’éviter la saison froide au nord. J’ai entendu les histoires de gens qui avait attrapés la maladie de Lyme où la Giardia et qui après quelques jours de repos (+ une dose massive d’antibiotiques), continuaient de progresser sur le sentier. J’ai vu des gens qui, visiblement arrivait au bout de leur économies et qui se débrouillaient pour passer moins de temps en ville pour étirer leurs derniers dollars jusqu’au mont Katahdin.

Tous ces gens avaient de bonnes raisons d’abandonner mais ils étaient motivés par une volonté de finir et malgré les embuches, ils trouvaient des solutions et étaient toujours en marche. Comme ils disent en anglais : “When there is a will, there is a way”.