Mont Nicol-Albert au mont St-Pierre

Deux semaines à marcher sur le sentier m’ont définitivement fait tomber en amour avec le backpacking, je ne peux même pas immaginer l’ampleur qu’aura six mois de marche sur le restant de ma vie.

J’ai l’impression d’avoir vécu deux ans en quatorze jours, j’ai vécu les 96 premières heures en totale solitude (ça rend sociable lorsque l’on croise finalement quelqu’un), j’ai affronté le froid (oui oui il fait froid sur les montagnes en Gaspésie en juillet), la pluie, la misère d’être mouillé et j’ai contemplé les splendeurs des paysages.  Randonner a le pouvoir de nous faire osciller entre le découragement et l’émerveillement total – toutes les émotions vécues sont difficiles à traduire en mots si l’on a pas vécu ces moments.

J’ai expérimenté les aspects de la longue randonnée : l’odeur nauséabonde qui te suit partout (lire sentir son odeur de pieds en étant debout), l’apétit sans fin qui te fait expérimenter des recettes de gruau-chocolat-guimauve-parmesant-beurre d’arachide (faut dire qu’à la base du gruau sa goûte pas vraiment), se faire donner de la nouriture fraiche après quatre jours de sec (le trail magic existe), faire du pouce après avoir raté notre navette, se réapprovisionner à l’épicerie du village et faire son lavage dans le bain du motel. Suite à ces expériences j’ai eu l’impresssion d’avoir vécu ce que j’avais à vivre sur l’appalachian trail et j’ai remis en doute mon projet… j’ai fait des nouveaux plans pour ma sabbatique mais le spectre de l’AT est revenu en force et j’ai dit OUI une seconde fois en mon grand projet (tsé la virée des parcs nationaux américain ça se fait bien mieux en famille qu’un thru-hike).

Les Dieux des montagnes ont étés très clément avec moi, suite à la pluie au mont Nicol-Albert j’ai put admirer la vue au bonhomme en étant au dessus des nuages (un fantasme personnel qui ne s’était jamais réalisé), au Mont Logan j’ai put admirer les paysages juste avant que la pluie commence suite à mon arrivé au refuge, j’ai vu le soleil se coucher sur la côte-nord seul au Pic de l’aube et en sortant du parc au mont Jacques-Cartier la vue qui était embrumée depuis le matin s’est complètement dégagée juste avant notre descente me permettant de voir une dernière fois Logan à l’horizon et me permettant de comprendre l’ampleur de ce que je venait de réaliser.

Pourtant tout ça n’est rien comparé à ce que j’ai vécu le matin que j’ai franchit le mont Albert. Cette montagne je croyait la connaître, dans ma jeunesse je l’ai monté au moins deux fois et en tant qu’adulte j’en ai fait le tour deux autres fois, pourtant c’est totalement différent en longue randonnée. En montant dans la forêt ce matin là j’ai sentit la présence de la montagne, et moi qui est totalement vendu aux bâtons de marche, j’ai cessé de les utiliser par respect de l’énergie que j’ai ressentit. J’ai continué de monter et l’immense plateau de serpentine (roche de couleur rouille) s’est offert à ma vue – déjà là j’absorbait la grandeur de la montagne qu’une rando du côté nord ne nous permet pas de sentir. Le silence s’est fait dans mon esprit et je me suis mit à gravir peu à peu le restant de la montagne jusqu’au niveau du plateau. Rendu en haut, à quelques dizaines de mètres de moi, cinq jeunes caribous broutent et se déplacent joyeusement sans aucun égard à ma présence. Je reste là à les admirer pendant au moins dix minutes jusqu’à ce qu’il se décident de partir vers le plateau sud sans aucun empressement. Je continue ma progression et le plateau nord se découvre progressivement suivit du plateau sud, je suis en total émerveillement devant l’immensité brute de la montagne (ce que je n’ai pas ressentit aussi fort en passant sur le plateau nord) et j’arrive au bol avec « la vallée des roches » en face de moi – je viens de vivre un moment magique. Mon esprit retombe en mode normal et je retourne sur mes pas pour rejoindre mon partenaire de rando.

Mon voyage fut une expérience incroyable dont je me souviendrai longtemps, ces montagnes je les connaissait depuis longtemps mais maintenant elles sont devenues sacrées. J’ai appris à apprécier le moment présent, avancer pas à pas pour me rendre compte finalement qu’au bout de deux semaines, ces pas là m’ont ammenés des montagnes jusqu’au fleuve…

P9540403